July 16, 2026

Nous voulons monocéphale, nous voulons bicéphale, nous voulons Cassation, nous avions parlé avec le Secrétaire d’Etat Marco Rubio, mais il semble que nous ne voulons rien faire avec Haïti. Comme exprimé ci-dessus, la République dominicaine et Porto Rico avancent, Haïti regarde passer le navire.

Alors que la Caraïbe redessine ses routes maritimes, un projet s’impose comme un signal fort : la mise en place d’un ferry régulier entre la République dominicaine et Porto Rico, porté par la compagnie espagnole Baleària. Ambitieux, solidement financé, techniquement crédible, ce projet dit l’essentiel : ici, la mobilité est pensée comme politique publique, comme levier de développement, comme trait d’union entre économies, cultures et peuples.

Le ferry relierait Santo Domingo à San Juan, offrant une alternative maritime au transport aérien, plus accessible, mieux adaptée aux échanges régionaux et au fret léger. Pourtant, malgré la volonté politique affichée et les investissements consentis, le navire n’a pas encore quitté le quai. Retards dans les infrastructures portuaires, mise en conformité des terminaux, ajustements douaniers et migratoires : l’ouverture, annoncée puis différée, est désormais attendue à partir de 2025, voire au-delà.

Mais ces délais n’effacent pas l’essentiel. La vision demeure. La République dominicaine poursuit, avec constance, sa stratégie de connectivité régionale. Porto Rico, malgré ses contraintes institutionnelles, s’inscrit dans une dynamique caribéenne assumée. Le ferry est pensé comme outil de désenclavement, accélérateur d’échanges, pont symbolique entre territoires liés par l’histoire, la migration et la mémoire.

Et puis il y a Haïti.
Dans ce paysage en mouvement, Haïti brille par son absence. Aucun projet structurant, aucune annonce cohérente, aucune politique maritime régionale lisible. Là où les voisins planifient et négocient, Haïti s’enlise dans l’urgence, incapable de transformer sa géographie en destin.

Ce retard n’est pas seulement technique ou financier. Il est politique et institutionnel. Il dit l’absence de vision à long terme, la fragilité de la gouvernance portuaire, l’incapacité à s’inscrire dans les corridors régionaux de transport. Il dit aussi le renoncement silencieux à la mer, pourtant première promesse d’ouverture.

Il y a, dans ce projet dominicano-portoricain, un goût amer pour Haïti. Le goût de ce qui aurait pu être :
un axe maritime Port-au-Prince–Santo Domingo–San Juan,
une circulation fluide des personnes et des biens,
une intégration caribéenne vécue, non proclamée.

Pendant que la République dominicaine et Porto Rico ajustent leurs calendriers, Haïti reste hors-jeu. Le ferry n’a pas encore pris la mer, mais il a déjà livré sa leçon : dans la Caraïbe, certains avancent malgré les retards ; d’autres n’ont même pas quitté le quai.

M pa travay ankò, m prale.
Similò pa Bondye, m prale.

Yves Lafortune
Miami, le 30 janvier 2026