July 16, 2026

Le discours du candidat d’Haïti à la direction générale de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) s’inscrit dans une démarche à la fois lucide, structurée et profondément multilatérale. Dès les premières lignes, il affirme une conscience aiguë de la responsabilité que représente la fonction de Directeur général et replace son intervention dans une logique de service collectif plutôt que dans une ambition personnelle. Son propos se distingue par une compréhension fine du rôle stratégique de l’OMPI dans l’architecture internationale contemporaine.

Le candidat rappelle que l’OMPI occupe une position singulière au sein du système multilatéral : à la fois organisation normative, opérateur technique et acteur du développement. Située à l’intersection du droit, de l’innovation, de l’économie et de la culture, elle exerce une influence directe sur la capacité des États à créer de la valeur, protéger le savoir et consolider leur souveraineté économique. Cette approche globale démontre une vision mature de la propriété intellectuelle, perçue non comme un simple instrument juridique, mais comme un levier stratégique de développement.

Reconnaissant les progrès accomplis par l’Organisation, le candidat souligne néanmoins que le contexte mondial actuel — marqué par la révolution numérique, la transition écologique, les crises sanitaires et l’aggravation des inégalités — impose une évolution stratégique de l’action de l’OMPI. Selon lui, les préoccupations exprimées par de nombreux États membres, notamment les pays les moins avancés et les pays en développement, ne constituent pas une remise en cause de la légitimité de l’Organisation, mais traduisent une attente forte d’adaptation, de rééquilibrage et d’efficacité accrue.

Il identifie clairement plusieurs points de tension : l’efficacité de la coopération technique, la pertinence du renforcement des capacités, l’accès réel aux bénéfices de la propriété intellectuelle, ainsi que les enjeux de gouvernance et de transparence. Cette capacité à nommer les limites du système sans en contester les fondements révèle un positionnement diplomatique équilibré, fondé sur la réforme plutôt que sur la rupture.

La candidature d’Haïti, reconnaît-il, peut susciter des interrogations au regard des difficultés profondes que traverse le pays. Mais c’est précisément cette réalité qui fonde, selon lui, la légitimité et la singularité de sa démarche. Haïti incarne de manière concrète les limites d’une approche du développement reposant sur une transposition normative sans transformation structurelle. Cette expérience confère au candidat une lecture empirique des dysfonctionnements du système international, et donc une capacité rare à proposer des solutions fondées sur l’impact réel.

Au cœur de sa vision figure un principe directeur central : replacer l’impact concret au centre de toutes les actions de l’OMPI. Il plaide pour une évaluation systématique des programmes non seulement selon leur conformité normative, mais surtout selon leur capacité à renforcer durablement les capacités nationales, stimuler l’innovation locale et créer de la valeur économique. Cette approche orientée résultats constitue l’un des apports majeurs de sa candidature.

Concernant la coopération technique, le candidat propose une évolution profonde. Il déplore une approche encore trop centrée sur l’adoption de lois, l’alignement sur les standards internationaux et les formations ponctuelles. Dans de nombreux États, ces normes coexistent avec des administrations fragiles et une faible appropriation de la propriété intellectuelle par les acteurs économiques locaux. Il plaide donc pour une transformation structurelle fondée sur des diagnostics institutionnels approfondis, des programmes pluriannuels intégrés et un accompagnement de long terme. L’objectif n’est plus la conformité formelle, mais l’autonomie stratégique des États.

Sur le plan de l’innovation et de la technologie, le candidat met en évidence les asymétries croissantes entre pays technologiquement avancés et pays en développement. Il observe que l’OMPI peine encore à s’imposer comme un acteur structurant de la nouvelle économie de l’innovation, marquée par l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les technologies vertes et l’économie des données. Il propose de repositionner l’Organisation comme architecte d’un écosystème mondial d’innovation inclusive, en valorisant les données de brevets, en soutenant les PME, les universités et les chercheurs locaux, et en rendant le transfert de technologie opérationnel, mesurable et effectif.

La durabilité constitue un autre pilier fondamental de sa vision. Le candidat estime que la propriété intellectuelle doit devenir un instrument actif de la transition écologique et du développement durable. Il souhaite inscrire la durabilité comme un fil conducteur transversal de l’action de l’OMPI. Dans cette optique, il met en avant le concept d’Appellation d’Origine Durable (AOD), inspiré des travaux du professeur Ronan Raffray, qui propose d’intégrer des critères environnementaux, sociaux et économiques aux mécanismes traditionnels des indications géographiques. Cette proposition illustre la capacité du candidat à faire dialoguer innovation juridique, justice territoriale et développement durable.

Enfin, la question de la gouvernance occupe une place centrale dans son discours. Il reconnaît les préoccupations exprimées par plusieurs délégations concernant la transparence, la participation des États membres et l’allocation des ressources. Sa vision repose sur une gouvernance inclusive, fondée sur la transparence financière, l’évaluation de l’impact et la responsabilité institutionnelle. Il conçoit le Directeur général comme un facilitateur, garant de l’équilibre entre l’expertise technique du Secrétariat et la souveraineté collective des États membres.

Cette vision ambitieuse est renforcée par le témoignage particulièrement éloquent de l’un de ses anciens professeurs, cité dans la publication accompagnant le discours. Celui-ci souligne avoir rencontré un candidat « lumineux », impressionné par son engagement intellectuel, sa rigueur et son sérieux, après plus de deux années et demie d’un travail de recherche solitaire. Il rappelle également la qualité du jury académique devant lequel la thèse a été soutenue et conclut en affirmant que la candidature du représentant haïtien et son projet honorent l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. Un tel témoignage académique apporte une crédibilité intellectuelle rare dans une élection multilatérale de cette envergure.

En définitive, le discours du candidat d’Haïti propose une évolution stratégique profonde mais mesurée de l’OMPI. Il articule expérience du terrain, vision normative, sens politique et exigence morale. En mettant l’impact, l’inclusion, la durabilité et la confiance au cœur de l’action multilatérale, cette candidature offre à l’Organisation une perspective nouvelle, capable de renforcer sa légitimité et son efficacité dans un monde en mutation.

H.I.